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Histoires de femmes victimes de double violence

18 janvier 2010 |

Mariée de force, excisée, Zoé essaie de trouver protection en France ; Arrêtée dans le commissariat dans lequel elle venait porter plainte contre son mari violent, Mlle Bekkali est expulsée vers le Maroc ; Beauty tente en vain de sortir du réseau de prosititution dans lequel elle est tombée en venant du Nigéria ;

Zoé a été mariée de force en 1995 avec Monsieur Moussa plus âgé que son propre père. Zoé garde un souvenir très douloureux de cet épisode de sa vie en raison des relations sexuelles forcées imposées par son mari, mais aussi parce qu’elle avait été excisée et cousue et « qu’il a fallu découper les fils » avant que le sexe de l’homme ne puisse la pénétrer. Le fait d’en parler est toujours très difficile. Zoé ayant fui son mariage, son père était dans l’obligation de rembourser la dot. Comme il ne le pouvait pas, Monsieur Moussa fait pression sur la communauté pour récupérer le prix payé pour épouser Zoé. Le père de Zoé a menacé de la tuer car il est devenu la risée de la communauté de leur village. Zoé, aidée de sa mère, a décidé de fuir le Congo. Arrivée en France, elle a déposé une demande d’asile qui a été rejetée. Elle n’a pas réussi à convaincre les officiers de protection, trop silencieuse et tétanisée à l’idée de raconter ce qui lui était arrivé.

Beauty est de nationalité nigériane. Venue travailler en France en 2003 pour avoir une vie meilleure, elle se retrouve sur le trottoir et doit rembourser 60 000 euro à sa « mama », qui l’a amenée en France. Elle porte plainte trois ans plus tard contre cette femme. En représailles, sa mère est assassinée au Nigeria dans les jours suivants. Elle bénéficie d’une autorisation de séjour pendant le temps de la procédure qui  durera un an et demi. Cette dernière étant terminée aujourd’hui, Beauty est de nouveau sans papier et la préfecture refuse de lui accorder un titre de séjour puisqu’elle représente « une menace à l’ordre public ». Non régularisable selon la préfecture, elle n’est pas expulsable puisque les risques de traitements inhumains et dégradants ainsi que la menace de mort au Nigeria ont été reconnus par les tribunaux.

Madame Fadila de nationalité marocaine, a quitté son emploi d’ingénieur fonctionnaire marocaine, pour suivre son mari qui travaillait en Espagne. Leurs trois enfants y sont nés. Elle est arrivée en France en 1996 avec ses enfants et son mari, reparti très vite en Espagne. Cette femme, victime de violence conjugale et d’abandon, a élevé, seule, ses trois enfants qui ont suivi toute leur scolarité, depuis la maternelle, en France. Elle ne voulait pas qu’ils apparaissent comme les enfants d’une étrangère sans papiers. Elle a donc assumé toutes les charges relatives à leur éducation avec dignité et discrétion. Les demandes de titre de séjour déposées lors de la circulaire de 2006 sur les parents d’enfants scolarisés et plus tard, appuyées sur les preuves de l’ancienneté de leur présence en France, depuis dix ans et plus, ont été rejetées. En 2008, elle s’est présentée trois fois à la sous-préfecture, où il lui était réclamé chaque fois une nouvelle pièce, alors que son dossier comportait 80 documents (dont les certificats de scolarité des enfants et leur suivi médical). Elle n’a pu se rendre au rendez-vous, enfin obtenu, étant hospitalisée ce jour-là. Il était manifeste depuis plusieurs mois qu’elle était malade ; nous l’avions fait remarquer avec insistance à la sous-préfecture, mais en vain. Après des mois de pourparlers, elle a obtenu un titre de séjour pour soins à l’hôpital, où elle est morte quelques mois plus tard. Il n’a pas été possible d’obtenir pour les enfants un document de circulation qui leur permette d’assister à la cérémonie des funérailles de leur mère au Maroc.
En juin 2008, Mlle Bekkali se présente à la gendarmerie pour porter plainte contre son conjoint pour des faits de violences et de menaces qu’il reconnaîtra. Trois jours plus tard, Mlle Bekkali se rend de nouveau à la brigade pour y déposer un certificat médical. Invitée à justifier de son identité, elle ne peut présenter qu’un titre de séjour caduc depuis janvier 2008. Malgré des démarches administratives en cours pour régulariser sa situation, elle est placée en garde à vue et transférée au centre de rétention de Lille. Elle sera expulsée le lendemain vers le Maroc munie seulement des affaires dont elle disposait en venant déposer son certificat médical.

Aissetou est entrée sur le territoire français en août 2002. Elle s’est mariée en 1997 au Mali avec Monsieur Touré, un ressortissant malien qui vit en situation régulière en France depuis les années 80. Aissetou était la deuxième épouse de M. Touré. Elle a demandé le divorce en 2007, prononcé au Mali début 2009. Ce divorce, prononcé aux torts du mari, indique que la situation administrative de Aissetou est due au fait que son mari ait « passé sous silence l’existence de sa femme ». Elle est hébergée par un hôtel social, fait des tresses pour faire vivre ses enfants. Le lieu d’hébergement change souvent. Ses enfants, pour aller à l’école se lèvent parfois à 4h30 du matin lorsque le nouvel hôtel se situe loin de l’école. Aissetou a fait une première demande de titre de séjour en janvier 2009 mais la préfecture tarde à répondre à sa demande.

Les noms et lieux ont été modifiés pour préserver la sécurité des personnes

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