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n°72 • avril 2012

Couvcc72

Edito de Jérôme Martinez

Dans un éclairant ouvrage récent Repenser la pauvreté , les économistes Esther Duflo et Abhijt Barnerjee s’interrogent : « Ne faudrait il pas inverser la hiérarchie entre la politique et les politiques, pour se demander si les bonnes politiques ne peuvent pas être un premier pas vers la bonne politique ? ». Ce retournement de perspective est au cœur de l’interrogation toujours renouvelée sur les liens et les articulations entre société civile, mouvements sociaux, et acteurs institutionnels étatiques.


Une vision, généralement partagée, fait des acteurs de la société civile des artisans de la solidarité, réparateurs des maux de la société et portes paroles de valeurs morales, philosophiques ou religieuses. Mais rarement leur capacité transformatrice de la société, par l’invention de nouveaux modes de démocratie et la mise en lumière de nouvelles aspirations collectives est reconnue comme indispensable dans la politique.

D’un autre côté les acteurs institutionnels gouvernementaux, détenteurs de la légitimité du vote, sont souvent contraints, au nom de « l’intérêt commun » à restreindre leur champ d’action à des mesures générales et indistinctes portées par des choix idéologiques ou des stratégies partisanes. Appréhendant mal les dynamiques à l’œuvre dans la société, les tensions entre attentes individuelles et collectives, ils y répondent imparfaitement et perdent ainsi la confiance des personnes les ayant désignées.


Cet ouvrage précise également que le Politique est une réalité partagée par chaque acteur des « affaires de la Cité ». Société civile et gouvernements participent d’une dynamique commune, qu’elles qu’en soient les oppositions ou convergences. En appelant à reprendre la perspective du développement « par en bas », les auteurs ne délégitiment pas les constructions idéologiques qui interrogent les systèmes économiques et sociaux, mais appellent à leur confrontation avec les expérimentations qui placent l’humain au cœur des choix.


Le moment électoral actuel est représentatif de ces tensions. Affirmation des candidats et des partis, simplification autour de valeurs et de slogans, la parole de la société civile est minorisée au profit des postures et des idéologies. Le dialogue reste quasiment impossible entre les propositions concrètes et le choix du cadre de mise en œuvre.
Le choix est alors complexe pour nos associations et leurs militants. Nier ce moment pour se projeter vers un horizon lointain, c’est renoncer à interroger la société ici et maintenant.
S’y réduire c’est oublier la mission permanente d’expérimentation, de construction et de conscientisation, indépendante des choix partidaires.


Continuer à élaborer et expérimenter les bonnes politiques afin qu’elles interrogent la politique peut nous donner une boussole pour l’avenir. Elle peut également, si nous savons fortement affirmer notre parole, ouvrir dès aujourd’hui des espaces pour l’émergence d’une politique d’hospitalité.

Au sommaire de ce numéro :

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